Sport sans violence

Le 1er décembre, le Comité Régional Olympique et Sportif (CROS) Centre-Val de Loire organisait une soirée intitulée « Sport sans violences » au CREPS à Bourges. L’objectif de cet événement est de prévenir et lutter contre les violences dans le domaine sportif.
La soirée a débuté avec la présentation de trois récits de sportifs et sportives de haut niveau qui ont été victimes de violences physiques ou psychologiques durant leur parcours professionnel. Ces témoignages ont été lus par l’auteure et comédienne Claire VIDONI.

Un garçon qui commence le judo à 7 ans à Orléans.

Pendant 4 ans, tout va bien jusqu’Ă  ce qu’il commence les compĂ©titions, Ă  12 ans, Ă  Gien. Interviennent les sĂ©lections pour les championnats avec rĂ©gime alimentaire, et beaucoup de blessures causĂ©es entre autre par des entrainements intensifs et de la malnutrition pour rester dans sa catĂ©gorie de poids. Pas de graisse, pas de perte possible de masse musculaire donc la solution est de perdre de l’eau …

Blessures Ă  rĂ©pĂ©tition. Un jour, jeu collectif oĂą il pousse son entraineur dans le dos et lĂ , les sĂ©ances d’entrainement deviennent un enfer oĂą tous les sĂ©lectionnĂ©s se liguent contre lui car il aurait « manquĂ© de respect » Ă  l’entrainement. Étouffement lors des entrainements Ă  terre jusqu’Ă  ce qu’il pleure devant tout le monde etc… ArrĂŞt de sa carrière !!!


Un garçon de 14 ans et son jeune frère au tir Ă  l’arc.

Son entraineur, que tout le monde appelle Tonton, est devenu vice-champion du monde en 1 an de pratique du tir Ă  l’arc. Il est donc respectĂ© et devient un peu le tonton des jeunes archers. Il propose d’accueillir les enfants chez lui la veille des compĂ©titions de façon Ă  ce que les jeunes sportifs puissent se reposer et Ă©viter les rĂ©veils trop matinaux avant les compĂ©titions. Les compĂ©titeurs adorent ces veilles de compĂ©titions car chez tonton, ils peuvent boire de l’alcool, fumer du cannabis …

Lors des entrainements, si un compĂ©titeur tirait une mauvaise flèche, tonton instaura que le tireur devait se dĂ©shabiller et faire des pompes nu devant tout le monde. Tout le monde a pris cela Ă  la rigolade mais a acceptĂ© car cela motivait les tireurs Ă  ne pas faire d’erreur. Un jour, entrainement particulier, seul, du tĂ©moin : pareil, dans les bois de la propriĂ©tĂ© de tonton. Une mauvaise flèche et il s’exĂ©cute immĂ©diatement : il se dĂ©shabille et fait ses pompes. Ă€ l’issue, Tonton, 1m92 pour 95 kg le plaque contre un arbre et lui fait une fellation jusqu’Ă  Ă©jaculation. ÉtonnĂ© le tĂ©moin ne dit rien … Le lendemain, le tĂ©moin s’interroge, est-il homo (car il a eu du plaisir) mĂŞme s’il aime les filles ?

Puis, d’autres veilles de compĂ©tition arrivent et le tĂ©moin s’aperçoit qu’Ă  chaque fois il manque un lit ou un duvet ou une couverture et que tonton invite le dernier couchĂ© Ă  dormir dans sa chambre. S’apercevant enfin du manège, il dĂ©cide de demander Ă  son frère et Ă  ses copains si eux aussi avaient subi des fellations. Tous rĂ©pondirent par l’affirmative. DĂ©goutĂ© de n’avoir rien fait avant que son petit frère ne subisse ces mĂŞmes violences, il porte enfin plainte. Lors de l’enquĂŞte, il s’est avĂ©rĂ© que Tonton invitait chez lui exclusivement les adolescents dont les parents Ă©taient sĂ©parĂ©s ou divorcĂ©s … Le tĂ©moin est toujours suivi psychologiquement mĂŞme s’il est adulte et dorĂ©navant sophrologue.


Une jeune fille de 17 ans rugby Ă  7.

Devenue pro en 2014, JO en 2016, discrimination financière, elle gagnait 1 100€ par mois alors que les garçons en gagnaient de 2 jusqu’Ă  20 000 €. Elle a fait 10 ans de pro et a donc arrĂŞtĂ© le sport Ă  30 ans. DĂ©pression car les institutions sportives laissent totalement tomber et abandonnent les sportifs mĂŞme de haut niveau lorsqu’ils arrĂŞtent d’ĂŞtre performants. Lors des entrainements (avec le GPS intĂ©grĂ© dans le maillot) l’entreprise qui avait mis en place ces GPS a rĂ©pondu 2 fois de suite que les donnĂ©es Ă©taient erronĂ©es et impossibles. La troisième fois elle est venue sur place et a constatĂ© que les donnĂ©es n’Ă©taient pas erronĂ©es : les femmes qui jouaient au rugby Ă  7 Ă©taient des bĂŞtes de combats, des tueuses …
Ayant prĂ©parĂ© son diplĂ´me de kinĂ©sithĂ©rapeute pendant qu’elle Ă©tait encore professionnelle, notre tĂ©moin espère faire partie de l’Ă©quipe des soigneurs de l’Ă©quipe fĂ©minine du rugby Ă  7 Ă  l’occasion des prochain JO. MĂŞme si les Ă©carts de rĂ©munĂ©ration ont diminuĂ©, le plancher a Ă©tĂ© augmentĂ© mais les plafonds sont encore très disproportionnĂ©s.



Ensuite, les différents intervenants se sont exprimés.
Éric BERGEAULT, chef du service dĂ©partemental de la jeunesse, de l’engagement et du sport du Cher (SDJES18) a prĂ©sentĂ© le cadre rĂ©glementaire. Depuis la crĂ©ation de la cellule SIGNAL-SPORTS en dĂ©cembre 2019, cette dernière a traitĂ© 2 400 signalements, ce qui a conduit les prĂ©fets de dĂ©partement Ă  prononcer 1 200 mesures administratives d’interdiction d’exercer des fonctions d’encadrement auprès du public notamment auprès des mineurs. Entre le 1er janvier et le 21 octobre 2025, 703 signalements ont Ă©tĂ© transmis au SDJES pour conduire des enquĂŞtes administratives (dont 10 dans le Cher).
Depuis le 19 novembre 2025, l’affichage du dispositif national Signal-Sports est obligatoire dans tous les établissements sportifs. Cette campagne du Ministère des Sports permet de signaler confidentiellement violences, discriminations, harcèlements ou comportements inappropriés.

Différents types de violence sont reconnus par la loi :

  • la violence Ă  caractère sexuel,
  • la violence verbale,
  • la violence physique, l’incivilitĂ©,
  • la cyberviolence,
  • la violence psychologique
  • la discrimination.

L’adjudant-chef André THOREL de la Maison de Protection des Familles (Groupement de gendarmerie départementale) a détaillé les procédures de signalement pour les victimes et les témoins.

Florence FERAUD, du Comité Départemental de l’Accès au Droit, Adeline LUCAS et Honorine CARNEIRO de l’association Le Relais 18, ont présenté les services d’accompagnement et d’aide aux victimes.
Maryline ANDRÉ, du Comité Départemental Olympique et Sportif du Cher, a présenté les outils et ressources disponibles.

Olivier SEGURA,
Président de la commission sportive de la ligue

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